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Porto-Novo Louis Oké-Agbo : Plus on est de fous, plus c'est arty !

Parmi les différents ateliers d’artistes qu’il est possible de visiter à Porto-Novo, il en existe un pas comme les autres : celui de Louis Oké-Agbo, photographe qui a ouvert en 2017 un centre d’art pour la thérapie de la santé mentale. Où quand l’art se met au service de l’Homme et de son équilibre…

La marginalisation peut-elle conduire à la folie ? Est-ce que tu penses qu’il existe une chose plus triste que la folie ? Autant de questions apposées sur les murs d’enceinte de ce centre d’art pas comme les autres du quartier de Tokpota. Mais qu’est-ce qui a bien pu pousser Louis Oké-Agbo, photographe béninois à succès, à s’intéresser aux tourments de l’âme humaine et à ses tourmentés au point de faire de ce centre l’épine dorsal de son travail ? 

Louis Oké-Agbo, il n’y a pas de grand esprit sans un grain de folie 

« Quand je vois des gens vivant dans la rue, ça me touche. Je suis l’aîné de ma famille, une famille pauvre, j’y ai été exploité. Et une famille polygame. Mon père ne s’occupait pas de moi, je n’avais pas la parole… » Louis se veut pudique sur ce qui le porte vers les laissés-pour-compte. Pourtant, on sent une faille lointaine et profonde qui anime chez lui cette flamme en faveur des marginalisés. « J’ai l’intuition d’être le porte-parole des personnes atteintes de maladie mentale »… Ce ne sont pas de vains mots. Car celui-ci va leur dédier tout son art… 

Louis Oké-Agbo compose des photographies à la technique bien spécifique et son travail est reconnaissable parmi cent autres : il superpose des visages et des corps avec des textures volées à des murs, à la terre... « Un mur contient l’histoire des gens qui ont vécu là… » Très engagé à l’égard de notre planète, son travail photographique fait ainsi souvent le lien entre Homme et environnement, entre notre peau, et notre terre. Parmi les différentes séries que l’artiste a pu travailler, on retrouve forcément la folie, qui le taraude tant, mais aussi l’adolescence ou encore le vaudou. La vente de ses œuvres sert essentiellement à financer le centre de thérapie. 

  

« L’art est un fil entre folie et raison… »

Ils s’appellent Bruce, Gildas, Benjamin, Gérard… Depuis plus d’un an maintenant, ils sont dix patients fréquentant régulièrement la cour du centre d’art. Ici, l’expression est libre. Les artistes, psychiatres et psychologues qui oeuvrent là n’ont pour vocation que l’accompagnement des malades au travers de la musique, de la peinture, de la photo, du sport aussi. Deux fois par semaine, le centre ouvre ses portes et propose à ces esprits fêlés d’être à nouveau considéré et d’améliorer leur bien-être le temps de quelques heures précieuses. Le résultat est surprenant… 

Certains déploient un véritable talent pour le maniement des couleurs, l’expression de leur démence au travers des pigments, des formes… La découverte de leur travail s’avère étonnante : « Au départ, ils rechignaient à venir. Maintenant, ils le font d’eux-mêmes. Ici ils sont apaisés, autonomes. Et ça crée du lien entre eux et la société. Grâce à ces œuvres, aux portes ouvertes que l’on propose, on invite à la réinsertion de ces personnes malades et marginales. Il faut savoir qu’ici au Bénin, les trisomiques sont tués dans les familles. Si la société accepte leur travail, alors elle les accepte eux… »

Attention, considération, réinsertion... Autant de mots qui mis bout à bout conduisent les "fous" de Louis Oké-Agbo sinon à la guérison, du moins à l’apaisement. Une visite passionnante aux côtés d’un homme qui a su mettre l’art au service de la santé tant il semble inquiété et habité par cette maxime qu’il a tourné et retourné pour s’accomplir : la folie est le propre de l’Homme... 

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Fondatrice le
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