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Interview TimK : "En voyage, j'ai besoin de rencontrer les gens"

Avec son pote Nanhou du collectif de graff valdoisien Art Osons, TimK va réaliser une fresque durant la 1ère édition du No Mad Festival. Avant de s’attaquer à ce défi, il a pris le temps de se livrer à Babel Voyages après quelques emplettes dans un célèbre magasin de bricolage pour se procurer le matos nécessaire à la performance du week-end prochain. Son style, ses voyages, sa vie, l’artiste s’est lâché avec une bonne humeur communicative !

On démarre par les présentations...

Je suis TimK, je fais partie de l’association Art Osons !, spécialisée dans l’art visuel. On fait de la décoration et beaucoup d’initiation aux graffitis. Ça peut être en foyer, dans des écoles, on commence à le faire en milieu carcéral également, avec des jeunes délinquants. C’est l’axe principal de l’association, l’initiation aux graffitis et à sa culture. 

Quand avez-vous commencé personnellement ?

J’ai débuté gamin, en autodidacte. J’ai pris des cours de dessin plus jeune à l’Observatoire de Cergy Saint-Christophe. Il y avait des cours donnés gratuitement. J’ai appris sur le tas on va dire, en faisant du graff et de la décoration. Je fais par exemple des chambres d’enfants, des décorations d’intérieurs, je décore des festivals...

Qu’avez-vous imaginé justement pour le No Mad Festival ?

Moi j’imagine une fresque. Au départ, on va partir sur une initiation aux graffitis. On va poser la surface à peindre et on va faire jouer le public. Généralement ce sont plus les enfants et les adolescents qui se prêtent au jeu mais les adultes s’y intéressent aussi, ils s’arrêtent regarder. On va les faire participer, essayer la bombe, poser les couleurs principales voire quelques petits détails qu’on pourra conserver. Ensuite avec Nanhou, on va finaliser la fresque en faisant les détails. 

On a pensé à une fresque qui partirait d’un milieu urbain. Des tours de cité dans un style graphique avec des personnages en premier plan. Des personnages rappellant le voyage comme une auto-stoppeuse avec un panneau No Mad Festival. Et puis un bus, un avion,… On peut imaginer tout un tas de moyens de locomotion et tout ça partirait vers une destination exotique. Là, ce sera la partie de Nanhou. Il va imaginer quelque chose qui nous fera rêver…

Ça change quoi de travailler en équipe quand on est artiste ?

Déjà, il faut s’organiser ! C’est pas « Je viens comme je veux, quand je veux » ! Il y a une émulation entre les artistes qui est intéressante. On mélange tous les styles. On s’aperçoit qu’avec deux styles complètement différents, il se crée quelque chose. J’ai l’impression que plus les deux artistes sont différents, plus la fresque est intéressante parce qu’il y a plus de choses à voir dessus. 

Vous parlez de style. Quel est le vôtre ?

Mon style... (Il réfléchît) Comme je disais, j’ai commencé en autodidacte. J’apprécie particulièrement les personnages de BD et de mangas. Je suis issu de cette culture urbaine et cosmopolite. Un peu « sous-culture » sans être péjoratif. J’ai grandi avec ça, c’est naturel pour moi. 

Parlons voyage, puisque c’est le thème du Festival. Avez-vous voyagé ?

J’ai eu l’occasion de beaucoup voyager. D’abord en Europe, dans les pays limitrophes : Espagne, Belgique, etc… Mon premier gros voyage au cours duquel j’ai vraiment pris une claque, ce n’était pas un voyage touristique. Je suis parti à Conakry en Guinée, avec le patron d’un label qui avait le projet de monter un studio d’enregistrement. J’y étais en qualité d’électronicien, ma formation de base. Pour moi c’était une grosse aventure ! Je n’étais jamais sorti de l’Europe et je me retrouve parachuté à Conakry. C’était complètement fou ! J’y suis resté un mois. C’était une grosse claque parce que j’ai découvert un autre continent. J’ai travaillé avec des jeunes de là-bas et ce qui m’a impressionnné, c’est qu’on avait le même âge, mais pas du tout le même destin ni les mêmes chances dans la vie. Ici, on a la chance d’avoir un passeport déjà, rien que ça !

Vous avez eu l’occasion de visiter ?

Conakry oui, on l’a fait de long en large. Les marchés notamment pour aller chopper du matériel. Ce qui m’a le plus marqué, c’est la grande mosquée de Conakry. J’étais avec des gens très pieux, des musulmans. J’étais impressionné car là-bas, la religion gère tous les problèmes. Par exemple, on a eu un accident avec la voiture. Ça a commencé un peu à chauffer, à s’engueuler. Et là, un mec arrive et dit « Dieu vous regarde, calmez-vous » ! Et d’un coup, tout le monde s’est calmé. Comme quoi là-bas, la religion est très utile. Autrement, j’ai aussi été en Inde, en Europe de l’Est, en Islande... C’était vraiment pas mal. A chaque fois, je voyageais en étant accueilli chez les locaux, hébergé chez l’habitant.

C’est un choix ?

Un choix financier à la base (rires) ! Mais après je ne me vois pas dans un hôtel all-inclusive. Moi j’ai besoin de rencontrer les gens, de participer à la vie locale. J’aime bien appliquer ce que je fais tous les jours en France dans un autre pays. J’adore le skate, le graff, me faire un bon restaurant, communiquer et partager. C’est important de se faire des contacts et derrière, ça permet de voyager encore plus.

Dans quel pays as-tu trouvé une vraie culture de l’art urbain ?

Ici, on a vraiment ce qu’il faut en art urbain. Le graffiti à Paris, c’est quand même pas mal ! En Inde, particulièrement, les gens sont plus « à la cool » et on voit encore des publicités peintes. J’en ai vu aussi à Conakry. Ça m’a vraiment étonné. Je me suis dis « En France, on ne verra plus jamais ça, les gens n’ont pas le temps pour de la publicité peinte...»

Un mot pour encourager les gens à venir au No Mad Festival ?

On va essayer de les faire voyager ! C’est ça le but ! Personnellement, je leur conseille vivement de venir pour participer à un événement à Pontoise, il n’y en a pas des comme ça tous les jours. Les gens vont être libres de faire ce qu’ils veulent, et ils vont découvrir des sous-cultures plutôt que des cultures classiques. Rien que pour ça, il faut venir !

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Frédéric Scarbonchi le
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