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Martinique Musique et danses martiniquaises, entre tradition et résistance

Côté musique antillaise, vous avez peut-être en tête le zouk, la Compagnie Créole, Kassav’ et autre dancehall originaire de Jamaïque et faisant fureur aux Antilles. Mais aujourd’hui on dépasse les images habituelles et on s’intéresse aux musiques traditionnelles martiniquaises. Préparez-vous à vibrer au son des tambours et découvrez comment musique et danse se développent au travers des siècles comme un acte de résistance.

Le bèlè, de l’esclavage à l’identité martiniquaise

Côté musiques traditionnelles, ne quittez pas la Martinique sans avoir découvert le bèlè. « Si tu ne succombes pas au bruit des tambours, tu n’es pas Martiniquais », nous confie Marie-Line de Voyager Vrai. Originaire de Guadeloupe, le gwoka a aussi son succès chez les défenseurs de la culture créole !

Les plus aguerris danseront au son des percussions et du chacha fabriqué à l’aide d’une calebasse… De grands mouvements élancés, poétiquement assortis aux chants entraînants. Un jeu de pieds et de bras se baladant avec grâce. Timides ou néophytes admireront ce spectacle où la danse des jupes chatoyantes cohabite avec les sourires apaisants, et les visages habités des musiciens.

Pour le bèlè, on suit le rythme des tambours et du ti-bwa (deux baguettes de bois permettant de jouer sur un bambou). Ici, c’est le danseur ou la danseuse qui fait jouer les musiciens ! N’hésitez pas à pousser l’apprentissage sur cette musique et cette danse prenant  source au temps de l’esclavage.

Et pour ça, rencontrez Renaud qui vous en fera découvrir cette histoire forte et prenante dans son lieu magique qu’est Lakou A au Gros-Morne. Un personnage atypique et passionné, mêlant avec finesse dureté des mots et touches d’humour. De quoi vous initier au fouyé tè, le bèlè de travail pratiqué par les esclaves dans les champs de canne à sucre, et le bèlè de divertissement accompagnant des moments de jeux. Longtemps interdits par les maîtres, les tambours perçus comme un « outil de rendement » ont finalement été autorisés.

Une initiation pieds nus sur la terre rouge, comme pour se connecter au passé douloureux de cette contrée, autant qu’à la force collective qui en est née. Des actes de résistance qui n’auront de cesse d’exister nous détaille Renaud : du suicide depuis les bateaux, à l’automutilation abimant « l’outil de travail », en passant par le marronnage pour mettre à mal le système, ou encore le fait de vivre et survivre à cette abomination. Et c’est bien l’appel de la vie que l’on entend ici. « Le roulement du talon sur le tambour évoquant le bruit de la rivière sur une falaise ».

A Lakou a, « la cour » en créole, vous serez accueillis dans une ambiance sereine et conviviale, au son d’une flûte de bambou prenant sa force dans cet espace naturel où le rouge du sol battu tranche avec la verdure environnante. Alors que le bèlè a été sauvé par des associations, l’idée est ici de réintroduire cette tradition dans le monde rural. Un espace dont la capacité de 80 places permet d’accueillir des groupes, et notamment des scolaires et des centres de loisirs dans une volonté de transmission. « Une tradition est quelque-chose de vivant. Si on ne l’utilise pas, on tombe dans le folklore… Et aujourd’hui, nous sommes à la limite » explique ce défenseur du bèlè et de l’identité créole et martiniquaise.

Le kadri et ses influences coloniales

Lors de ce voyage tout en musique, vous tomberez peut-être sur un concert de kadri, musique et danse issues du quadrille des colons européens. Étonnante adaptation que l’ethnomusicologue Dominique Cyrille définit comme un « dialogue performatif, une danse par le biais de laquelle [les Noirs libres et esclaves des colonies] ont dénoncé de façon symbolique l’organisation socio-raciale de la société esclavagiste et contraint les colons qui ne voulaient voir en eux que des machines animées, à les considérer autrement ».

Un termes emprunté à l’anthropologue Fiona Magowan, qui illustre la façon dont l’interprétation d’une danse peut varier selon le contexte ; un changement pouvant ainsi contraindre le public à "donner un sens politique nouveau à la danse qui se déroule sous ses yeux".

La pratique du quadrille par des non-Blancs pendant la période coloniale aurait donc été perçue comme un acte politique par les colons, ce qui aurait contribué à en faire un acte de résistance.

Le carnaval, entre satyre et lâcher-prise

Réputés pour leur carnaval, les Antilles vivent au rythme de cette fête populaire, bien au-delà des dates officielles en mars. Les préparatifs durent des mois et les répétitions dans les rues des semaines. De quoi vous prendre au corps dès le mois de janvier. À peine arrivés, c’est donc le son des trompettes et des tambours qui rythmera vos pas. Se balader sans les suivre serait une hérésie.

Précédent la période restrictive du Carème, le carnaval est un moment de lâcher-prise, un exutoire de toutes les frustrations de l’année qui vous surprendra par son atmosphère unique et son humour satyrique. Un mouvement de liberté où le burlesque côtoie les traditions et la musique dans une ambiance festive et familiale. La fête prend le dessus, les instruments à vent sont de sortie et les couleurs fusent au travers des tenues traditionnelles ou de déguisements plus fous les uns que les autres.

Illustration de l’actualité et représentation tout en humour des problématiques sociétales, notre petit doigt nous dit que 2019 verra défiler nombre de masques de Trump dans les rues déchaînées de la capitale... La politique française n’y échappant probablement pas non plus.

Crédit photos : première et deuxième photos : ©Pierre-Etienne Vincent / troisième photo : ©Voyager Vrai

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Adèle Boudier le
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