Le spécialiste du voyage responsable

Interview Philippe Godeau : "Lorsque les lumières s'éteignent au cinéma, le voyage commence..."

Pourquoi un film sous forme de road trip au Sénégal, Philippe ?

« J’avais envie depuis longtemps de faire un film en Afrique noire. Au début, je pensais plutôt au Mali par rapport aux voyages que j’ai pu faire adolescent. Mais suite à la rencontre avec Omar (Sy, ndlr) c’était intéressant d’aller plutôt dans son pays d’origine. De mêler ainsi fiction et réalité. Et donc de manière évidente, nous nous sommes retrouvés au Sénégal, qui est un pays particulièrement agréable et dans lequel il est facile de tourner. »

Vous dites avoir voyagé en Afrique plus jeune, pouvez-vous nous parler de cette époque ?

« Mon père travaillait en Afrique donc j’allais le voir régulièrement et ça m’a imprégné, changé même, et fait en grande partie ce que je suis devenu aujourd’hui... »

De quelle façon vous ont particulièrement nourri ces voyages en terre africaine ?

« Ça m’a permis de voir que des gens vivaient autrement, qu’il y avait d’autres valeurs, de celles que l’on possédait ici aussi avant et que l’on a perdu malheureusement. On a gagné des choses mais on en a perdu certaines... Ne pas avoir peur de la différence de façon systématique. Je trouve qu’aujourd’hui, on est vraiment géré par la peur et que cette peur s’envole lorsque l’on prend le temps de découvrir, de connaître. Pendant ce film, nous avons traversé un pays à 90% musulman et qui dégage une véritable paix. On peut donc vivre différemment, avoir une couleur différente, et puis manger tous ensemble. Mes petits enfants ont découvert la liberté qu’ont les enfants là-bas et qu’eux n’ont pas en Europe. Montrer la différence. On en sort jamais tout à fait pareil… »

Le voyage engagé se définit donc de quelle façon selon vous ? 

« Faire un voyage, ça ne veut rien dire. Lorsque quelqu’un vous dit "J’ai fait tel ou tel pays" alors qu’il est allé au Club Med, je n’ai rien contre le Club Med mais il était au Club Med, pas au Brésil ! Il y a tellement de façons de voyager… Lorsque je voyage pour mon travail, je le fais souvent dans le confort, je vais dans les meilleurs hôtels, j’y passe deux jours et je repars. C’est une sorte de voyage mais pour moi, la véritable définition d’un voyage, c’est notamment prendre le temps de la rencontre. J’avais envie de faire ressentir ce que l’on éprouve lors d’un voyage en Afrique. Faire faire ce voyage au spectateur et lui montrer que l’Afrique, ce n’est pas que des paysages, c’est aussi une autre façon de vivre, d’appréhender le temps, d’autres relations entre les gens, entre les liens de famille… Le voyage au sens où on l’a évoqué plus tôt, c’est la meilleure éducation à mes yeux. Voyager à la rencontre des gens, de leurs civilisations et de leurs cultures, différentes des nôtres, Je pense que c’est la plus grande des richesses... » 

Qu’y a-t-il de particulièrement fort dans cette culture sénégalaise selon vous ?

« La spiritualité. Je ne suis pas croyant mais je trouve que l’on a perdu cette spiritualité, de celle qui est très agréable. Nous avons passé quatre mois au Sénégal et cette spiritualité a été très forte. Ensuite il y a l’accueil, le partage, ce sens de l’hospitalité incroyable que l’on retrouve partout, en permanence… Au Sénégal, vous ressentez quelque chose de différent, qui n’existe pas en Europe. Je ne suis pas là pour dire c’est mieux ou moins bien mais pour marquer cette différence, sans donner de leçon. »

La rencontre avec Omar Sy, c’était un voyage en soi ?!

« Oui… Ce qui a été formidable, c’est que nous avions les mêmes désirs, les mêmes envies. C’est quelqu’un de formidable, d’autant plus lorsque l’on connaît une notoriété comme la sienne… Arriver à être ce qu’il est, c’est vraiment incroyable. » 

Et Lionel Basse, comment l’avez-vous déniché ?

« Parmi 600 enfants ! Et on n’en a trouvé qu’un comme lui ! Il vit à Saint-Louis, il est chrétien lui d’ailleurs. On peut se rendre compte immédiatement qu’il a quelque chose mais comment prévoir qu’il va être aussi talentueux et porter le film du début jusqu’à la fin ? C’est la chance, même si je ne sais pas si elle existe comme on dit dans le film ! Ça relève du miracle… ou c’est Dieu (rires) ! »

Qu’est-ce que vous aviez envie de laisser dans la tête du spectateur avec un tel film ?

« Qu’avec une place de cinéma, il fasse un peu ce voyage et pourquoi pas que ça les encourage à y aller à leur tour. »

Le cinéma, c’est aussi un voyage en soi ?

« C’est une certitude. J’ai produit un film qui se passait dans une unité de soins palliatifs, c’était un voyage aussi. Pour Le Huitième Jour, nous étions avec Pascal Duquenne qui est trisomique, c’était un véritable voyage avec lui. C’est ce qui est formidable avec le cinéma, on peut modifier les regards. C’est une aventure d’aller dans une salle : dès que les lumières s’éteignent, le voyage commence. Pour 10 €, on peut voyager ailleurs, dans un univers que l’on ne connait pas. J’adore cet art populaire qui peut vous emmener partout en voyage, dont l’Afrique par exemple... »  


AGENDA : PHILIPPE GODEAU sera l’invité du NO MAD FESTIVAL 2019 le dimanche 16 juin prochain à 18h30 pour un échange spécial avec le public suite à la projection du film "Yao". 
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