Le spécialiste du voyage responsable

Porto-Novo : À la découverte des places vodun de la capitale

Depuis cinq années déjà, le centre culturel et artistique Ouadada, porté par son détonnant fondateur Gérard Bassalé, a entrepris à la seule force de sa volonté la rénovation de places vodoun au cœur de la vieille ville de Porto-Novo. Véritables lieux de vie quotidienne et de convivialité, le tissu des places vaudou fait partie de l’essence même de la cité. Avec cinq places à son actif, Gérard mène désormais des visites guidées étonnantes qui plongent le visiteur au cœur du patrimoine immatériel béninois et l’immerge dans des espaces où la vie bouillonne tout en côtoyant des pièces d’art contemporain. Un intérêt culturel, historique et social très fort. Une initiative aussi remarquable qu’indispensable.

À Porto-Novo, le vaudou est partout. Pourtant, l’œil qui n’est pas initié passe tout près, sans rien remarquer…

Gérard Bassalé : le patrimoine révélé 

De vieilles pierres par ci, un tas d’ordures par là… Voilà que vous venez de passer, tel un touriste, à côté du cœur battant de cette société béninoise. Heureusement, Gérard Bassalé est là pour vous y faire regarder de plus près et vous transformer en voyageur averti. Son grand projet de vie au-delà du centre culturel qu’il a bâti au cœur du quartier de Tokpota ? La rénovation des places vodoun de Porto-Novo. Ou de quelques-unes au moins puisque la ville en dénombre plus d’une cinquantaine.

Soutenu par l’agglomération de Cergy-Pontoise dans le cadre de sa coopération décentralisée, Ouadada soulève des montagnes pour redonner vie à ces places à la fonction sociale et culturelle primordiale, tout en les sublimant au travers de l’art. Derrière Gérard, un essaim d’artistes et d’artisans, peintres, maçons, sculpteurs, ébénistes, ferronniers, plasticiens… Tous ont laissé leurs egos de côté pour travailler ensemble, partager leurs idées, leurs techniques, au service de la rénovation et de la sublimation de leur patrimoine. Ils s’appellent Simplice Ahouansou, Philippe Zount Houedanou, Désiré Dedehouanou, Kiffouly Youchaou, Winoc Boton… 

Le résultat est bluffant : les places s’animent, les visages des habitants s’éclairent, jusqu’à celui du Migan, figure phare de la société ancestrale, ministre de la justice de l’ancienne cour royale, et qui a vu, il y a quelques jours de ça, son quartier complètement transformé... 

De Djihoué Comè à la place du Migan 

La balade démarre non loin de la lagune, au pied d’un escalier de pierres du quartier d’Adjina. De part et d’autre, des arts d’œuvres rythment la montée. Le avant / après est tout simplement bluffant : des murs remis sur pied, des peintures aux couleurs rehaussées confectionnées avec un mélange de colle et de rougeoyante terre béninoise, des emmarchements sublimés, des œuvres d’art offertes aux vents et à tous, des bancs installés à chaque palier qui invitent à la confidence et à la vie en communauté… Plus haut, un local d’asso flambant neuf, une fontaine d’où s’écoule une eau fraîche, une guérite peinte pour Augustine, qui gère les tickets d’approvisionnement pour le si précieux liquide, un serpent fait de pneus de récupération qui arbore une mine aussi joyeuse que les occupants de ces lieux…

Ce samedi 8 décembre 2018, c’est le vernissage de cette exposition de plein air organisée dans le cadre du Festival Éclosions Urbaines, à l’initiative de Ouadada encore une fois. Festival qui célèbre l’art béninois dans tous ses états tout en rénovant chaque année une place de la cité. 

On quitte les jumelles Djihoué Comè et Djissou-Gbogan pour poursuivre avec la place Agonsa, qui elle a été la première rénovée à l’initiative de l’Institut Français. Une sculpture signée de l’artiste Zount semble en gardienner l’entrée. À moins qu’elle ne soit sous la protection de cet énorme ficus au centre ? Ou de cet iroko plus loin, qui reçoit toutes sortes d’offrandes à son pied. Tout autour de la place, des femmes cuisinent et proposent leur popote en échange de quelques francs CFA. On ne s’attarde pas pour manger toutefois, il nous reste encore deux places à explorer... 

La prochaine est bien différente, mais tout aussi étonnante, surtout à cette époque de l’année, habillée d’immenses bâches photos signées Louis Oké-Agbo, qui lui donnent une allure de galerie d’art à ciel ouvert. Bienvenue à Yoho Dikouin, à laquelle on accède par deux étroites ruelles à chaque extrémité qui fait qu’on ne soupçonnait pas ses généreuses proportions. Là, des balançoires et des motos en pneus recyclés signés de l’artiste haïtien Gary-Pierre Charles, qui avait été convié l’an passé en résidence, un immense assin de métal du coloriste et sculpteur de talent Simplice Ahouansou. À l’abri de l’agitation de la rue, ce cocon est pour les habitants une véritable bénédiction. 

Place au quartier du Migan à présent, ultime réalisation à ce jour à avoir éclos dans le paysage urbain de Porto-Novo… Il faut quelques minutes à pied pour rejoindre la place et le palais à son entrée. Les premiers murs racontent la conquête coloniale tandis que plus loin, une fresque reprend l’histoire des migans. Ils sont 13 à s’être succédés, alors que le tout premier venait d’Ethiopie pour finir par s’installer au Ghana, que le 2es’en est allé vers le Togo avant qu’enfin, le 3en’arrive à Porto-Novo. Jusqu’au 14e, que vous pourrez croiser dans le quartier et saluer d’un « majesté », comme il est de coutume. On écoute Gérard nous conter l’histoire, lui même auteur des assins qui ornent ce mur, pour mieux déboucher sur la place du Zangbeto et son yoho, l’autel aux morts. Au beau milieu de cette place, un immense assin de métal sur ressort qui se balance librement au rythme du vent. Et enfin, un fromager, immense, sacré, symbole des migans qui tous les 5 ans, donnent une cérémonie en hommage aux morts au pied de l’arbre majestueux en apposant le pied neuf fois dessus tout en proclamant des prières. 

S’initier au vaudou, et puis c’est tout !

La rénovation de la place du Migan, sur près de 5000 m², met en lumière comme jamais ce patrimoine si riche et encore si vivant. L’histoire de Porto-Novo est ainsi sublimée, réhabilitée, pour aussi mieux être présentée aux voyageurs de passage qui découvriront là l’essence même de la vie béninoise.   

Dire que toute cette histoire était enfouie sous les murs crasseux et pour certains écroulés… Qu’elle appartenait à la tradition orale alors qu’elle prend désormais vie au travers de l’art et aux yeux de tous. Certes, encore faut-il savoir interpréter ces créations mais forcément, elles captent l’attention et soulèvent les bonnes questions. 

Le Bénin n’est autre que le berceau du vaudou. Pas celui des poupées à piquer, image diabolique tant galvaudée par le cinéma hollywoodien, que chacun a pourtant à l’esprit à l’évocation de ces pratiques. Le vaudou n’est pas sorcellerie ici, le vaudou est religion, au même titre que christianisme et islam. C’est le lien aux divinités ancestrales, que l’on nomme Legba pour le messager, Gou dieu du fer et de la guerre, Sakpata pour le protecteur de la terre … Le lien entre toutes les fois présentes au Bénin. 

On passe forcément à côté du cœur de ce pays si l’on ne s’initie pas un minimum à la religion vodoun en venant ici. Et pour ceux qui souhaiteraient poursuivre l’initiation après cette surprenante visite guidée, Gérard propose un fabuleux voyage de 2 semaines qui vous emmènera du Sud au Nord tout en approfondissant les dessous du vaudou… 

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Fondatrice le
Laisser un commentaire