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Journée internationale des Droits des femmes Luttes des femmes autochtones au Canada

En ce fameux jour du 8 Mars, de nombreux combats pourraient être mis en avant. Nous en mettons un plus particulièrement en lumière aujourd’hui, non pas pour mettre de côté les autres mais bien pour honorer toutes ces femmes qui se battent face aux injustices. Direction le Canada auprès des femmes autochtones luttant contre l’indifférence générale.
Destination très prisée par les français, le Canada, son histoire et sa culture autochtone reste cependant méconnu, tant par les voyageurs que par une grande partie des Canadiens eux-mêmes. Souvent qualifié d’un pays "récent", on en oublierait presque que la vie n’est pas arrivée aux premiers pas des colons sur ce territoire. Cette Histoire méconnue, c’est celle des Premières Nations, communautés autochtones, communautés marginalisées... Un passé violent dont les effets se ressentent encore aujourd’hui, tant par les séquelles psychologiques, que par des injustices sociales et la violence d’un système pourtant actuel.

Femmes et hommes entre violence d’un passé et précarité sociale

Pour comprendre les luttes de ces femmes, c’est tout d’abord une situation globale qu’il faut dépeindre. Les Premières Nations se sont vues en peu de temps être l’objet d’une assimilation et d’une dépossession de leurs terres. L’Acte des sauvages, devenu la Loi sur les Indiens, est ainsi instaurée en 1876, dans une démarche colonialiste. Textes paternalistes, ils définissaient qui était Indien et les droits associés à ce statut.

Marie-Claude André-Grégoire, Innue et avocate, nous parle de cette loi dans un article de Radio-Canada : "La loi prévoyait que l’Indien pouvait également s’émanciper de son statut d’Indien de telle sorte qu’il retrouve ses droits de citoyens en tant que personne majeure. L’émancipation signifiait de ne plus être un « Indien » légalement, de devoir quitter la « réserve », et de renoncer à son identité parce que la personne était privée de l’accès à sa culture, à sa langue et à sa collectivité. Il devenait alors un Canadien, sans autre distinction. (...) Par conséquent, les Indiens devaient choisir entre l’assimilation ou le maintien de leur statut d’Indien, c’est-à-dire de personnes mineures s’ils voulaient préserver leur identité et leur culture.".

Dans ce cadre, des pensionnats ont été créés. Entre la fin du 19e siècle et 1996, plus de 150 000 enfants autochtones ont été arrachés à leur famille et placés dans ces établissements la plupart religieux. Conditions sanitaires déplorables, malnutrition, théâtres de violences physiques et psychologiques, abus sexuels... Des milliers d’enfants ont perdu la vie face à cette volonté politique d’assimilation et d’éradication de la culture autochtone. C’était hier. Troubles psychologiques, sources de non-dits, secrets de famille ... une violence des maux transmise aux générations suivantes.

Drogue, alcool, difficultés d’accès à l’éducation et aux soins, violences conjugales... autant de facteurs augmentant le risque d’incarcération et de stigmatisation des autochtones auprès des populations allochtones. Le racisme s’ajoute alors à l’impact continu du colonialisme ; clivage renforcé par une méconnaissance du statut des Premières Nations par les non-autochtones.

Ces injustices ont ainsi mené à des manifestations et révoltes de la part de ces communautés perçues comme des "citoyens de seconde zone". Citons le mouvement Idle No More, fondé sur la motivation de lutter contre la colonisation et le patriarcat.  Grèves de la faim et manifestations sont ainsi repris dans tout le pays. Dépassant les clivages politiques, ce mouvement interpelle également les autres habitants du Canada dont certains prennent ainsi conscience des inégalités dans leur propre pays.

La femme autochtone marginalisée

1200 c’est le nombre de femmes autochtones recensées comme disparues ou assassinées entre 1980 et 2012. En 2015, Statistique Canada publiait une étude qui démontrait que le quart des femmes tuées au Canada étaient des Autochtones. Face à ce dur constat, et pendant de longues années, le gouvernement et la police n’ont pourtant pas semblé s’en préoccuper.

Radio-Canada rappelle ainsi que, selon un rapport soumis par les organisations Femmes autochtones du Québec et le Cercle national autochtone contre la violence familiale, « le gouvernement fédéral a indiqué qu’il finançait présentement 41 refuges au service des femmes et des filles des communautés autochtones. Selon les calculs du gouvernement, ces refuges ne sont accessibles que pour 55 % des 617 communautés à travers le Canada, laissant les femmes et filles de 45 % des communautés sans un accès à un espace de refuge. »

Des femmes en lutte

Au vu de cette indifférence et de cet abandon du système, de nombreuses voix se sont levées. La venue du nouveau Premier ministre Justin Trudeau s’est vue accompagné d’une volonté de "réconciliation" laissant sceptiques certains représentants des communautés.

Face à la situation des femmes, l’Enquête nationale indépendante a ainsi été créée en septembre 2016, un grand pas après des années de refus d’enquête sur les femmes autochtones disparues par son prédécesseur Stephen Harper.

Dirigée par cinq commissaires d’un bout du pays à l’autre, cette enquête a pour objet d’examiner les causes systémiques de toutes les formes de violence faite aux femmes et aux filles autochtones au Canada en regardant les tendances et les facteurs sous-jacents. De nombreux témoignages sont ainsi recueillis. Le collectif vient tout juste de soumettre une demande de prolongation de deux ans pour ce mandat.

Les audiences peuvent être perçues comme un moyen pour les familles de témoigner, de partager les histoires lourdes de leurs proches. Les critiques à l’encontre de cette enquête nationale se sont faites entendre, notamment concernant un manque d’organisation et de communication et l’absence de suivi et de soutien psychologique pour les personnes qui témoignent.

Côté septième art, c’est le tout récent film "Ce silence qui tue" présenté le 27 février dernier aux Rendez-Vous Québec Cinéma qui retient notre attention. Dernier film de la réalisatrice Kim O’Bomsawin, Ce Silence qui tue part du constat d’un rapport de la Gendarmerie Royale du Canada (GRC) de 2014 estimant que les femmes autochtones ont huit fois plus de risques d’être assassinées que la moyenne des citoyens. Un film poignant questionnant le silence d’une Nation face à ces sombres statistiques. A découvrir ici.



ARTICLE ÉCRIT PAR :
Adèle Boudier le
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