Le spécialiste du voyage responsable

Interview Sophie Jovillard : "On pense que le tourisme solidaire n'est pas porteur ? Ça me désole !"

Elle séduit à la présentation d’"Échappées Belles", le programme voyage de France 5 et vient de sortir un petit carnet de voyage aux éditions du Chêne où elle nous partage ses meilleures adresses en France. Pour l’occasion, on a papoté avec elle plus d’une heure devant un verre. Entretien avec la pétillante Sophie Jovillard.

Sophie, peux-tu te présenter en quelques mots ?

"Je présente depuis 8 ans le magazine "Échappées Belles" sur France 5. Je suis originaire de Lyon et j’ai beaucoup travaillé pour France 3 et la chaine Voyage. Et puis il y a eu ce prime time le samedi à 20h35, Échappées Belles. Une belle aventure passée à une vitesse incroyable : aujourd’hui on parle de la neuvième saison ! Je n’ai pas vu le temps passer parce qu’en voyage, les rencontres sont tellement riches que je ne regarde ni ma montre, ni les jours qui passent."

Tu publies aujourd’hui "Les Carnets de Sophie en France" aux éditions du Chêne. Comment est né ce projet ?

"Il y a deux ans, les éditions du Chêne ont sorti un beau livre tiré de l’émission Échappées Belles. On en a tiré le constat que les lecteurs attendaient surtout des conseils de voyage. On m’a donc demandé quelque chose de plus personnel, et comme je suis très attachée à la France car véritable provinciale, j’ai proposé cette idée de petits carnets en France. Et voilà né ce petit recueil d’adresses lié à ce que j’aime ! Je suis quelqu’un d’assez gourmand de nature, une épicurienne, donc on retrouve des petites adresses gourmandes, mais aussi beaucoup d’histoires de gens que j’ai rencontré et qui m’ont touché."

Lyon, Lille, Marseille, le bassin d’Arcachon… Pourquoi ces lieux précisément ? 

"La France et moi, c’est une grande histoire : je suis née à Lille, j’ai grandi à Lyon, j’ai vécu six ans à Marseille, j’ai fait une incursion professionnelle à Dijon, je l’ai aussi beaucoup sillonnée pour le travail. Alors tous ces lieux dont je parle dans le livre me ramènent à quelque chose, des tournages ou des histoires personnelles… Quand on se balade sur le bassin d’Arcachon par exemple, le moment de détente parfait, c’est de s’installer les pieds dans l’eau et de prendre une douzaine d’huitres. Je vais plutôt du coté du Canon : il y a un ostréiculteur là-bas qui s’appelle Eric Larrarté, il a un tout petit cabanon les pieds dans l’eau, c’est très familial, très sympa. Le music-hall de Bergerac, je l’ai découvert la première fois en tournage et puis en allant voir Bernadette, la propriétaire, elle m’a reçue chez elle, on s’est très bien entendue et puis elle a voulu que je dorme à la maison ! À Marseille, il y a cette chambre d’hôtes, La Villa d’Orient, je suis tombée dessus par hasard en cherchant un jour un logement pour des amis. Tu es toujours dans la ville de Marseille mais pourtant tu as l’impression d’être dans une calanque. C’est une véritable invitation au voyage. Ce livre, c’est donc un mix d’endroits que j’ai fréquenté personnellement, qu’on m’a conseillé, des portes que j’ai ouvert par hasard ou provoqué par des reportages ou ma curiosité."

La table tient une place importante dans ces Carnets, avec tout plein d’adresses où manger. Un péché-mignon ?

"Forcément, un voyage est lié à une pause, un casse-croute… En tant qu’épicurienne, j’ai plein de bonnes adresses ! Je pense à Lille de suite : quand on descend du train et que l’on se dirige vers le centre-ville, il faut s’arrêter dans une pâtisserie qui s’appelle Le Chat Bleu. Elle fait des chocolats avec une petite tête de chat bleu lié à l’histoire du lieu. A Arcachon, il y a les huitres. En Normandie, une petite chocolaterie dont j’ai poussé la porte par hasard avant de tomber sur un mec qui va chercher ses fèves de cacao aux quatre coins du monde !"

En tant que voyageuse, comment te définirais-tu ?

"Mon truc, c’est la rencontre. J’aime que les gens me racontent leurs histoires et j’essaie de les accompagner dans leurs confidences. J’essaie d’être le plus possible dans l’humain et de partager des tranches de vie. J’espère donc être une voyageuse curieuse et mettre en valeur les autres au travers de mon travail."

Es-tu sensible à l’écotourisme ?

"J’ai souvent réfléchi à des programmes télé dédiés au tourisme solidaire mais chaque fois, je me suis fait recaler car on pensait que ce n’était pas porteur. Moi ça me désole, c’est vraiment ce vers quoi j’aimerais aller. J’aimerais vraiment en tant que citoyenne pouvoir en parler mieux mais j’ai l’impression de me heurter à de l’indifférence de la part des médias ! J’accompagne depuis longtemps Reporters d’espoir qui a pour vocation de mettre en avant de l’information positive porteuse de solutions constructives. On valorise des actions en France et à l’étranger dans les médias pour faire en sorte que l’on parle davantage de ces actions là que des trains qui arrivent en retard ! Le tourisme solidaire fait partie de cette communication positive : aujourd’hui, on peut parler voyage sans parler de club de vacances, de billets d’avion, de promotions et autres, on peut aussi parler du voyage en disant être un acteur engagé et participer à des actions positives sur le terrain."

Une destination écotourisme coup de coeur ?

"Le Burkina Faso. J’ai eu la chance de beaucoup voyager en Afrique et j’ai été séduite par le Burkina. Qui n’est pas en terme de paysages le pays le plus marquant de l’Afrique mais qui humainement est un endroit extraordinaire. Les gens sont absolument charmants, très drôles, très accueillants, très généreux de prime abord et c’est welcome avec eux ! Ils ont une envie de communiquer, de transmettre, qui est super. Et là-bas, il y a plein d’initiatives positives. Dans le village de Doudou, pour combattre l’isolement et la précarité, les villageois ont compris qu’ils devaient développer un tourisme solidaire en accueillant des gens chez eux mais aussi en développant une agriculture plus responsable, en expliquant aux agriculteurs qu’il fallait abandonner les pesticides et appliquer les conseils de Pierre Rabhi, une figure très importante au Burkina puisqu’on lui avait demandé il y a quelques années de venir communiquer avec les responsables du monde agricole pour leur expliquer toute l’intelligence de ses préceptes et de son enseignement aujourd’hui appliqués au Burkina. J’ai beaucoup discuté avec les gens de ce village et pour moi, leur engagement est ce qu’il faut faire. Et c’est aussi une manière de montrer une Afrique pleine de richesses, aussi bien naturelles qu’humaines avec les gens qui peuplent ce continent. Il faut juste aider à mettre en valeur tout cela. Le Burkina Faso pour moi, c’est la destination où il faut aller."

Des conseils pour voyager dans ce pays ?

"Il faut s’intéresser aux bronziers de Ouaga. Quand on voit ces gens qui font ces statuettes de bronze, on a vraiment envie de mettre quinze euros pour s’en offrir une. Car il y a encore des familles en périphérie de Ouaga qui les font et sont de vraies familles de bronziers. La famille Dermé, ce sont des gens très intéressants et il ne faut pas hésiter à aller les voir et leur demander qu’ils vous racontent leur histoire, ils le font volontiers. Ils vous raconteront aussi cette tradition de cavaliers qui venaient du Mali voisin et qui sont venus s’installer au Burkina et perpétuent cette tradition de spectacles équestres. Le centre de théâtre de Ouaga a aussi une programmation très intéressante."

Ton prochain voyage ?

"Je rentre de la Vallée du Rhône après avoir suivi le fil du fleuve de la Savoie jusqu’à la Méditerrannée. Après, il y aura l’Égypte et l’Algérie au mois de septembre. Ça fait très longtemps que j’ai envie d’y aller car j’avais découvert le désert algérien il y a quelque temps pour une émission, j’avais adoré et beaucoup de mes amis algériens me tannent en me disant que c’est magnifique et qu’il faut que je montre le pays autrement. Idéalement, nous ferions Alger-Oran..."

Le mot de la fin ?

"Je trouve que c’est important de montrer le voyage autrement, que le voyage n’est pas forcément quelque chose de consumériste, qu’on peut être un voyageur citoyen et responsable. Moi qui "vend" du voyage, j’espère que les voyageurs qui me suivent ont conscience de ça et qu’il ne faut pas partir à l’autre bout du monde ou aux quatre coins de la France pour consommer du voyage, il faut voyager pour soutenir ou porter des gens. Se dire qu’en payant un petit restaurant, un petit souvenir, on peut soutenir l’économie locale et être un voyageur concerné et acteur."                                                                                                                          

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Sophie Jovillard, éd. du Chêne
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