Le spécialiste du voyage responsable
Julio Alves dit Djuly, guide au Cap-Vert spécialiste de Santo Antão qui marche pour La Balaguère

Julio Alves dit « Djuly »

Localisation Santo Antão, Cap-Vert

Ce jeune trentenaire est un enfant du village coloré de Chã de Igreja, sur l’île de Santo Antão, son paradis comme il l’appelle, encaissé dans un cirque splendide avec vue sur la mer. On y accède par un canyon profond et une grimpée par une sente de pierre vêtue. Le paradis se mérite !

Taquin, plein de vie, mais aussi passionné d’oiseaux et de végétaux, Djuly est le compagnon idéal pour marcher au coeur de Santo Antão. Ici, il connaît absolument tout le monde, et tout le monde le connaît. En témoigne les « O Djuly ! », nombreux, de tous les habitants qui l’interpellent avec affection alors qu'on marche avec lui. Le garçon est un pur concentré de son île et de tout ce qui s’y fait de mieux : il est chaleureux, bon vivant, fredonne quand il ne bavarde pas, maîtrise le ballon rond comme tous les jeunes qui ont davantage grandi dehors que devant un poste de télévision au point d’avoir été repéré pour jouer en équipe nationale, danse le funana et le zouk avec fièvre quand il n'enseigne pas la kizomba, s’enflamme quand il perd au jogo de ouril - l'awalé africain -, adore son petit Thierry et les enfants, les gens tout simplement…  En plus du ballon, il jongle aussi adroitement avec le portugais, le français, le créole, vous conte l’histoire de l’île sans fausse note, vous indique une aigrette garzette ou un faucon crécerelle autant qu’un moineau espagnol ! Tout ça du haut de sa trentaine.

Mais que son jeune âge ne vous trompe pas, il est le plus expérimenté des guides de la petite agence locale basée à Mindelo, Aventura. Tous les guides ici sont des jeunes de l’île, génération dynamique et concernée qui a à coeur de partager l’amour de Santo Antão et du Cap-Vert tout entier, d’en préserver les dix cailloux et particulièrement le leur en incitant les voyageurs à ne laisser ici que l’empreinte de leurs pas, et en réfléchissant à des projets de développement local nés des besoins de la population dont ils sont les dignes représentants.

Marcher à Santo Antão avec Djuly, c’est non seulement découvrir le coeur vert et varié de cet îlot flottant en plein Atlantique, mais c’est aussi en capter toute l’humanité par sa pétillante personnalité… Djuly marche pour La Balaguère, pour partir à ses côtés, vous savez ce qu’il vous reste à faire !



Djuly en 5 questions :

- Quel est selon toi le meilleur atout du Cap-Vert ?
Ses paysages ! Les montagnes, les vallées, les volcans, la mer… Et la gentillesse des gens, la morabeza comme on l'appelle ici.

- À quoi doit ressembler le tourisme au Cap-Vert selon Djuly ?
Je fais toujours l’effort que ce soit un tourisme responsable. Ce dont on est content ici, c’est que la plupart des gens qui viennent sur cette île sont des marcheurs et donc des gens qui respectent bien la nature, qui ont l’esprit plus ouvert. Et nous les guides sommes là pour leur transmettre l’esprit du pays, l’esprit de partage. Moi j’aime beaucoup les plantes, les oiseaux, les poissons aussi. Je connais toutes les espèces du Cap-Vert et j’aime prendre mon temps pour expliquer et transmettre ces choses.

- Tourisme responsable, ça veut dire quoi au juste à tes yeux ? Le tourisme responsable, c’est trouver un équilibre. Ou au moins en faire l’effort. Respecter l’environnement bien sûr. Éviter les actes qui peuvent choquer et respecter les normes du pays : marcher torse nu dans les rues ou en soutien-gorge comme on a pu le voir, c’est révoltant. On s’attache donc à faire respecter les normes locales. Le but n’est pas d’imposer plein de choses mais de faire respecter les choses en douceur, petit à petit.  

- Le tourisme est-il bénéfique pour le Cap-Vert selon toi ?
Je pense oui, heureusement qu’on a ça ! Mais il faut qu’il soit engagé encore une fois. Ceux qui construisent des hôtels sur la plage comme à Cruzinha alors que les tortues viennent y pondre et que l’on sait que ça va les déranger, ça je suis contre. Mais si tu fais un hôtel bien intégré dans le village, c’est une bonne chose car cela donnera du travail aux gens, à tous ceux qui ont leur bar au fil de la marche et que ça va aider à gagner leur vie. Le pays s’est beaucoup développé avec le tourisme, même les jeunes sont davantage intéressés par les langues. Nous en tant que guides, on essaye aussi de sensibiliser la population et ça marche, on commence à voir le résultat, une conscience naît. Comme par exemple ces hôtels qui se construisent avec des bungalows, dans le style local. Les premiers qui étaient faits au Cap-Vert, c’était des immeubles très grands comme celui dans mon village...

- Si tu devais nous résumer ta philosophie de vie, que dirais-tu ? Qu’est-ce qui guide tes pas ?
Ce n’est pas une question facile… Si j’étais le maire de l’île, je ferai en sorte qu'elle soit comme je l’aimerais : je préserverai tout ce que l’on a, je récupérerai le maximum de sentiers possible parce qu’on a plein de sentiers qui sont en train de disparaitre. J'empêcherai les hôtels de construire de grands immeubles. Je protégerai la côte. Je ne pense pas qu'il faille faire beaucoup de routes, ce qu’on a suffit, sauf peut-être pour quelques vallées qui en ont besoin mais éviter le goudron dans ce cas. Faire que les jeunes de Santo Antão puissent trouver du travail ici pour rester sur l’île car beaucoup de jeunes vont à Sal, à Praia… Faire une université à Santo Antão et un aéroport.

- Mais ça c’est un programme politique ! (rires)

J’essaie au maximum d’être cool avec tous les gens ! De me faire un maximum d’amis, surtout avec ce métier. Nous n’avons pas d’hélicoptère ici au Cap-Vert alors que beaucoup d’endroits sont coincés en pleine montagne. Si tu n’as pas d’amis, tu es mal ! J’essaie au maximum d’aider les gens, je donne tout ce que je peux pour développer l’île. D’ailleurs avec un copain, nous avons un projet pour peindre les maisons en bas du village, planter des arbres à l’entrée, là où il y a les cochons, faire comme une place non loin du cimetière parce qu’il y un point de vue magnifique pour voir la baie et Cruzinha. Ma philosophie de vie, ce serait ça : aider le maximum possible, ne pas être égoïste, partager et être heureux ! Pas plus…