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Interview Les Yakines : globbe-trotteurs marocains engagés pour un tourisme durable

Nomades engagés, porteurs de valeurs fortes, les Yakines, c’est une belle histoire d’amour, la révélation de deux passions et un choix de vie hors du commun. En mettant le voyage au cœur de leur vie, ces voyageurs concrétisent leurs rêves dans une société qu’ils décrivent comme invitant peu à croire "en la possibilité de vivre de ses passions". Un challenge que ces nomades digitaux, défenseurs de la non-conformité, relèvent au quotidien.

En pleins préparatifs de leur projet "Le plus long trajet en train au monde du Portugal au Vietnam", les Yakines nous livrent ici leur philosophie et nous emmènent dans leur bagages à la découverte d’un parcours exceptionnel ponctué de belles rencontres humaines.

Amal, Anass, pouvez-vous décrire les Yakines en quelques mots ?

Amal : Tout commence le 09 décembre 2013. Anass est invité à donner une conférence à l’école où j’étudiais, à Rabat à mi-chemin de son voyage. Depuis un an, il s’était lancé dans un périple de 5000 km à pied à travers le Maroc. Lui partageait son expérience et racontait ses péripéties. Moi, je l’écoutais avec beaucoup d’intérêt.
Quelques semaines plus tard, je le rejoins pour un bout de chemin.

C’est le début d’une histoire d’amour, de complémentarité et de passion commune pour le voyage. Désormais mariés, nous rêvons à deux et faisons de notre passion notre mode de vie. Voyageurs dans l’âme et nomades digitaux convaincus, nous parcourons le monde en quête de nous et des autres. « Voyager, découvrir, apprendre et partager » telle est l’ambition qui nous anime.

5 000km à pieds ! Une petite trotte donc ! Pourquoi ce choix ?  

Anass : Ce choix est une longue histoire qui remonte à mes 13 ans. J’étais tombé par hasard sur une cassette vidéo du documentaire « Le vieil homme et le désert » de Théodore Monod. A l’âge de 86 ans, il marchait seul au milieu du désert et ca m’avait fasciné. Ca fera de lui une inspiration qui se transformera, au fil des années, en un rêve puis en un projet : celui de parcourir une longue distance à pied à travers le Maroc.


Amal :
La première fois que j’ai marché avec Anass, nous avions parcouru 130 kms en une semaine. Cela a véritablement marqué un tournant dans ma vie. Cette semaine a été à la fois l’occasion pour moi d’expérimenter le voyage à pied, mais surtout l’occasion de me ressourcer, de me reconnecter avec moi-même, avec l’humain et la nature.

Une vie de globe-trotter qui n’a pas du être facile tous les jours. Des difficultés particulières ? 

Notre principal challenge est relatif à la non-conformité du choix que nous avons entrepris et qui n’est pas compris voire pas accepté. Il en va de même pour notre métier de voyageur professionnel / nomade digital, qui n’est toujours pas considéré comme un métier en tant que tel dans notre pays. Mais c’est à la fois une difficulté et une opportunité que d’essayer de créer du changement.

Grâce aux nouvelles technologies et aux réseaux sociaux, des perspectives nouvelles sont toujours possibles et un espace de créativité énorme s’offre à nous. Il revient à nous de l’exploiter à bon escient. Pour ce faire, nous avons notamment travaillé sur les projets suivants :
La chronique voyage quotidienne sur Medi1 TV (2015)
Bruxelles – Sète : 2000 km en tuk-tuk en partenariat avec The Gira (2016)
De Chefchaouen à Dakhla : #Voyagedurable en partenariat avec le Ministère du Tourisme du Maroc (2017)

En parlant de réseaux sociaux : plus de 230 000 personnes vous suivent : avez-vous des conseils à donner à celles et ceux qui hésitent peut-être à opter pour une vie de nomade ?

Peu importe de quoi on est passionné, il faut y croire, se donner les moyens et foncer. Au Maroc, nous ne sommes pas éduqués à croire en nos rêves et en la possibilité de vivre de nos passions. La réussite et le bonheur sont liés aux diplômes, aux salaires, à la stabilité… Mais nous, nous pensons qu’il n’y a pas un schéma type de réussite, un mode de vie auquel le monde doit se soumettre. Chacun peut être l’architecte de sa propre vie et tracer son chemin comme il le souhaite. Le plus important est d’être heureux quoi que l’on choisisse de faire, et quelque soit le jour de la semaine.

Croire en ses rêves et vivre en accord avec ses valeurs donc... Pouvez-vous nous en dire plus sur les vôtres ? Sur votre vision du voyage responsable ?

Pour nous, le voyage responsable c’est d’abord être conscient que le voyageur est lui aussi l’un des acteurs primordiaux du tourisme durable et responsable. Le tourisme durable et responsable est donc l’affaire de tous et non pas seulement celle des politiques et des opérateurs touristiques.

Ensuite, le voyage durable c’est une attitude soucieuse du respect des cultures et de la préservation de l’environnement. Par exemple, un voyageur responsable ne va pas jeter ces ordures n’importe où, va essayer de réduire son empreinte écologique en prenant notamment des transports communs, va opter pour des logements inscrits dans une logique inclusive et génératrice de revenus pour les populations locales.

De quelle manière soutenez-vous le tourisme responsable en général, et au Maroc en particulier ? 

Notre volonté a toujours été que nos voyages profitent à tous et qu’ils aient un impact positif sur notre société particulièrement, et sur le monde plus globalement. De ce fait, il a toujours été question de partager des valeurs humaines et un contenu informatif de qualité, et de promouvoir des projets qui s’inscrivent dans une démarche qui nous parle. Dans ce sens, le  #voyagedurable en partenariat avec le Ministère du Tourisme a été une très belle occasion pour le faire.


Concernant le Maroc, il est important de découvrir son propre pays, connaitre ses racines et ses cultures. Avoir cette vue d’ensemble sur ses spécificités et disparités. En tant que voyageurs, nous sommes conscients que l’ouverture sur d’autres cultures se fait mutuellement. A chaque rencontre, nous sommes représentants de notre pays. Nous apportons une richesse et nous repartons avec une autre.

Un lieu coup de coeur qui vous a marqué durant cette (re)découverte du Maroc ?

Amal : Le choix n’est pas facile. Anass a un faible pour le désert, puisqu’il en garde un très bon souvenir lors des  4 premiers mois de son tour du Maroc à pied, en solitaire dans un monde vide mais peuplé de présences. Moi, lors du #voyagedurable, j’ai eu un coup de cœur pour toute la région sud-est, plus précisément : Aoufous, N’kob et Ouarzazate où nous avions découvert :

A Aoufous en plein milieu de la vallée du Ziz, la vallée des 2 millions de palmiers et des 46 variétés de dattes, l’association SODEV s’inscrit dans un tourisme solidaire en apportant son soutien à des acteurs locaux, notamment de gites et coopératives féminines. 

A N’kob, le village aux 45 kasbahs, appelé aussi le royaume des kasbahs, se trouve le projet de la Kasbah Baha Baha qui s’inscrit dans une démarche de préservation et de promotion du patrimoine culturel de la tribu Ait Atta.

Puis à Ouarzazate, Désert et Montagne organise des méharées et treks ainsi que des expéditions thérapeutiques, pour des petites ou longues durées, sur les traces des grandes caravanes d’autrefois. 

Cap pour l’Asie maintenant avec votre nouveau projet : "Le plus long trajet en train au monde du Portugal au Vietnam". Où en sont les préparatifs ?

Pour notre prochain voyage, nous sommes toujours à la recherche de sponsors et partenaires. Le départ est prévu pour Avril et le voyage durera 6 mois. Nous traverserons 12 pays et nous partirons à la rencontre des hétérotopies : des projets originaux mettant en avant des solutions alternatives aux défis de la société contemporaine. Nous partagerons ces rencontres à travers une Web-série nommée « Altrainatives »


La rencontre est au cœur de vos voyages, peut-on se quitter sur une de ces rencontres qui vous aurait marqués ?

Elles ont été nombreuses. Voici l’histoire de la première belle rencontre que nous avons vécue ensemble.

Le 29 décembre 2013,

Nous étions six, Fadwa, Hajar, Oumnia, Selma, Anass et moi-même. A peine 2 kilomètres marchés de jour là, nous tombons sur une station de service où nous rencontrons Mohammed qui nous invite à passer la nuit chez lui. Sa maison se trouvait au douar El Kasmiyine à dix kilomètres de la station. Nous découvrons alors que Mohammed et sa petite famille vivaient dans un petit lot de terrain qui abritait une seule et unique chambre. Elle faisait office à la fois de salle de séjour et de chambre à coucher. Mais elle n’était pas pour autant très spacieuse et pouvait difficilement nous accueillir tous pour la nuit.

Nous étions déconcertés. Mais la chaleureuse hospitalité de la famille nous fait rapidement oublier ce détail et nous plonge dans une très belle soirée où papotage, jeux et rires d’enfants sont au rendez-vous. Puis un bon dîner nous rassemble autour de la table.

A peine avions-nous fini de manger et aidé à débarrasser la table que je vois Mohammed faire des allers et retours en ramenant à chaque fois des couvertures. « Allez les enfants, laissons nos invités se reposer ! », lança-t-il par la suite sur le pas de la porte. Je m’empresse alors d’aller le voir pour comprendre où partaient-ils. Il m’informe qu’ils allaient dormir chez les voisins, qu’ils étaient vraiment désolés car ils auraient tellement voulu en faire davantage pour nous.

ARTICLE ÉCRIT PAR :
Adèle Boudier le
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